Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable : "Les artisans sont la clé du succès"

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Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable : 'Les artisans sont la clé du succès'
© Laurent Rouvrais

Reconduit à la tête du Plan Bâtiment Durable, Philippe Pelletier dresse les enjeux environnementaux à venir pour le secteur du bâtiment. Projet de plan de rénovation, CITE et expérimentation E+C-, il souhaite mobiliser et impliquer les artisans du bâtiment.

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Artisans Mag': L'amélioration de l'efficacité énergétique et environnementale du secteur du bâtiment figure comme une de vos priorités à la tête du Plan Bâtiment Durable. Comment comptez-vous parvenir aux objectifs fixés par le Gouvernement ?

Philippe Pelletier : Mon action s'inscrit dans la lignée de celle entamée depuis le Grenelle de l'environnement. C'est un travail de mobilisation de la société civile autour de l'idée d'un bâtiment durable à faible consommation d'énergie à l'horizon 2050. Cette mobilisation se fait par la mise en réseau des acteurs de l'offre, de ceux qui proposent des services et assurent des rénovations, des collectivités territoriales ainsi que des propriétaires et des occupants. Pour la première fois, on se voit assigner un objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050. L'idée est notamment de concevoir le bâtiment en fonction de son cycle de vie, c'est-à-dire de mener une réflexion sur les impacts environnementaux du bâtiment, de la conception à la déconstruction, en passant par l'exploitation.

Comment y parvient-on dans le secteur du bâtiment ?

Nous ne commençons pas à généraliser le sujet dans la rénovation mais nous le testons d'abord dans la construction où on a la chance d'avoir en face de nous des professionnels avisés que sont les promoteurs et les constructeurs. L'idée est de déterminer ensemble ce qu'est le poids carbone d'un bâtiment, du moment de l'édification jusqu'au moment de la déconstruction. J'emploie, à dessein, le terme de déconstruction puisqu'il y a la notion de démontage et donc de réemploi, principe qui prime dans l'économie circulaire. Les déchets du bâtiment sont un des plus gros émetteurs de carbone, il est donc impératif d'essayer de les maîtriser.

La deuxième nouveauté est l'ancrage plus fort de la mobilisation et de la dynamique d'action sur les territoires avec la déclinaison de Plans Bâtiment Durable régionaux. Ces actions coïncident avec le projet de nouveau plan de rénovation énergétique des bâtiments lancé par le gouvernement.

Plan Bâtiment Durable

Plan Bâtiment Durable

Justement, quelles sont les pistes envisagées dans ce plan ?

On va essayer d'être encore plus efficace avec l'objectif d'aller vers une massification des rénovations sur l'ensemble du parc. On évoque du côté de l'offre, une montée en compétence des professionnels. S'agissant des artisans, on se demande si la mention RGE remplit bien toutes ses fonctions, s'il ne faut pas la renforcer ou l'ajuster sur certains aspects, voir même la simplifier, tout en veillant à en limiter le coût pour les artisans. Cette montée en compétence passe aussi par des outils plus innovants. Il faut desserrer l'étreinte des règles de la construction pour permettre d'y substituer des solutions innovantes lorsqu'elles arrivent à un résultat similaire. Un deuxième volet porte sur un accompagnement de la rénovation pour qu'elle soit plus ample et vivace.

Comment faire décoller le marché de la rénovation ?

Le premier signal est à adresser aux ménages : il faut changer notre discours pour inciter à la rénovation des logements sans lier économies d'énergies et économies de charges. Ce discours efficace pour des gens modestes ne l'est pas pour la plus grande partie de la population. Il faut davantage parler du confort, de la santé ou de la plus-value sur la valeur patrimoniale du bien. Nous devons aborder les effets de la rénovation sous d'autres angles. Pour travailler ce sujet, nous avons lancé, en partenariat avec l'ADEME, une large consultation. Laquelle a été un plébiscite général et permet de comprendre qu'on vise juste sur les enjeux des professionnels. C'est par un message différencié que l'on va réussir. Le deuxième levier est dans le champ de la communication avec l'étude de l'opportunité de créer une " marque ombrelle ". Au-delà des labels et des certifications, on estime qu'il serait intéressant de se doter d'une bannière commune qui permette aux ménages de comprendre qu'il y a une unité entre un artisan qualifié, l'ouvrage futur, les matériaux utilisés et le territoire performant sur lequel cela va s'inscrire.

"Le processus ne pourra réussir sur les territoires
qu'en se fondant sur l'action commerciale des artisans.
Ce sont eux, et eux seuls, qui en matière de rénovation irriguent l'ensemble du territoire.
"


On évoque l'idée d'un financement de la rénovation énergétique par le crédit immobilier lors de l'acquisition du bien. Est-ce un moyen pertinent ?

Le moment de la transaction d'un bien immobilier est un des points sur lequel nous réfléchissons car il est l'un des moments les plus opportuns pour entamer des travaux de rénovation. L'année dernière, il y a eu près d'un million de transactions. C'est quelque chose de tout à fait précieux dont il faut se saisir pour encourager la réalisation de travaux de rénovation.

Comment mobiliser les artisans du bâtiment autour de cet objectif ?

Les artisans sont la clé du succès. Nos échanges avec les acteurs pendant toute la période de consultation sur le plan gouvernemental nous ont montré la mobilisation continue de l'ensemble des professionnels du bâtiment et en particulier les petites entreprises. Ils ont signifié leurs perceptions de l'adaptation des dispositifs d'accompagnement, notamment les forces et les faiblesses du RGE. Le processus ne pourra réussir sur les territoires qu'en se fondant sur l'action commerciale des artisans. Ce sont eux, et eux seuls, qui en matière de rénovation irriguent l'ensemble du territoire. La lutte contre la précarité énergétique s'adresse principalement aux maisons individuelles situées en zone rurale et périurbaine, ce qui est le lieu de travail par excellence des artisans.

Les dates clés :

  • 2020 - Date d'entrée en vigueur théorique d'une nouvelle réglementation environnementale, en remplacement de la RT 2012. Elle fait actuellement l'objet d'une concertation sur le terrain à travers l'expérimentation E+C- entre tous les acteurs.
  • 2019 - En principe, à cette date, le Crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE) doit être transformé en une prime, payable immédiatement.
  • 2015 - Entrée en vigueur de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte dont les priorités sont la lutte contre la précarité énergétique, le renforcement du développement des énergies renouvelables et encourager l'économie circulaire.
  • 2009 - Création sous Nicolas Sarkozy du Plan Bâtiment Durable, chargé de favoriser la mise en oeuvre des objectifs d'efficacité énergétique et environnementale dans le bâtiment. Il est depuis sa création présidé par Philippe Pelletier.


Impact de l'expérimentation E+C- sur les artisans, l'avenir du CITE et les apports du numérique dans le bâtiment, la suite de l'interview de Philippe Pelletier est en page suivante >>

Pierre Lelièvre

Pierre Lelièvre

Journaliste

Depuis juin 2016, je suis journaliste pour Chef d’Entreprise, Commerce magazine, Artisans mag’. Intéressé par le monde de l’entreprise, j’écris sur tous [...]...

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